toxicomanie

On associe la toxicomanie à l'adolescence. L'adolescent est quelqu'un qui s'oppose, qui recherche les limites pour pouvoir se structurer. Il renforce certains traits de caractère en fonction de l'extérieur. Ainsi dans les années 1950, être adolescent signifiait autre chose que maintenant, car pour se démarquer de l'extérieur d'autres facteurs étaient en jeu, comme se raser la moustache, refuser d'aller à la messe... Pour s'opposer à ses Parents, on ne fait pas la même chose actuellement qu'il y a 20 ans, ou 50 ans. Néanmoins, le problème de fond est le même et les adolescents ont toujours recherché à frôler la mort, de près ou de loin. Le geste suicidaire permet, si on y réchappe, de se prouver qu'on est vivant. L'adolescent recherchera donc les situations à risque, et ces situations sont différentes actuellement de ce qu'elles pouvaient être auparavant. Leur nature reste néanmoins la même.

Quand on est informatif auprès des adolescents, on risque d'être incitatif et l'image du "junkie" peut devenir celle du martyr, mettant sa vie en danger. Il est donc important, sans pour autant se taire, de ne pas créer cette image de martyr, et de savoir informer sans inciter.

 

La préoccupation est bien que la jeune génération risque de se mettre en péril, et la loi de 1970 a d'une part renforcé la répression au niveau du trafic, et d'autre part décriminalisé l'usage des stupéfiants en proposant des soins aux drogués. Mais la distinction "usagé/trafiquant" est devenue caduque car à présent on note de plus en plus d'usagers qui sont obligés de revendre pour consommer. Il y a donc actuellement de plus en plus de toxicomanes en prison, et de moins en moins dans les hôpitaux.

 

 

L'individu

 

Pour certains, la toxicomanie représente un moment de la trajectoire. Plutôt que parler de structure, il faut envisager les choses de façon plus dynamique, noter le type de relations que l'individu a avec le monde environnant et avec le produit. Au bout d'un certain nombre d'années, on ne distingue plus entre ce qu'il en est des conséquences du produit et de la personne du toxicomane.

La problématique pour le toxicomane est la relation. Dans une relation, on a deux individus différents et différenciés, et chacun doit tenir compte de la volonté de l'Autre. L'Autre a son existence et peut être amené à signifier un refus. Le toxicomane rencontre un produit qui, d'un seul coup, apaise le malaise intérieur et qu'il peut s'approprier, mettre à l'intérieur de lui. Cette rencontre lui permet d'être bien. De plus ce n'est pas une personne, c'est un produit qu'on peut s'approprier, apportant l'illusion de la maîtrise sans risque d'être opposé à un refus. Dans cette auto référence où tout se situe dans son désir à lui, le toxicomane ressent son plein pouvoir. Mais peu à peu, après le plaisir des premières "rencontres", il en arrive à un niveau de besoin où est absent le plaisir. Il en sera alors parfois amené à faire des cures de désintoxication pour pouvoir retrouver le plaisir initiatique de la première prise. "Si je n'ai plus de produit, je suis mal, voire plus mal qu'avant".

 

Au niveau du corps, la prise peut renvoyer à des registres divers. Ce n'est pas la même chose d'avaler et de se transpercer les veines. Le corps reste le lieu de la souffrance du manque, et le lieu aussi du plaisir du début. Le fait de transpercer sa peau, dans un mouvement auto érotique, est déjà de l'ordre du plaisir. Le monde toxicomaniaque est un monde très auto érotique qui exclut l'Autre. Les groupes toxicomaniaques sont de l'ordre de l'illusion, sans solidarité en leur sein. On s'y fait plaisir seul avec son produit. Les relations avec d'autres personnes sont de type utilitaire: "Je connais telle personne car elle m'approvisionne". L'Autre permet au toxicomane d'avoir le produit, mais est absent en tant que personne. Ce mode de fonctionnement régressif peut être la seule manière d'être au monde pour certains d'entre eux. Ils ne peuvent supporter un Objet sans en maîtriser les limites .

 

Le choix de tel ou tel produit n'est pas quelque chose d'anodin et un aspect de transgression apparaît avec l'usage des produits illicites. L'alcool, produit licite, a une inscription au sein du groupe social différente de la drogue. Le contexte économique apporte une ambiguïté dans le discours aux alcooliques. L'alcool fait partie des festivités, et se faire plaisir ensemble associe la présence d'une bouteille. Il existe une inscription culturelle de l'ordre du partage dans l'alcool. Par contre, la prise de produit toxicomaniaque n'est pas là pour établir une relation mais bien pour palier l'absence de l'Autre. On peut trouver en effet un rapport érotomaniaque dans la prise d'alcool, chez certains alcooliques, mais l'Autre sera toujours, même de manière infime, présent.

 

On peut parler de toxicomanie quand le mode de relation au produit est un mode de relation privilégiée où l'Autre est absent. Il arrive que ce fonctionnement soit inscrit dans une vie sociale de manière adaptée, qui préserve un mode d'investissement Objectal où l'Autre sera présent en dehors des prises isolées. Mais le mode de fonctionnement oral, primitif du toxicomane est un mode de fonctionnement qu'il aura aussi avec les gens. Aussi, dans un soin, il aura tendance à prendre la personne en face de lui comme un produit: le sevrage qu'il pourra demander devra l'être sur le champ, servi aussitôt.

 

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