Paranoïa

FREUD part du principe que la paranoïa s'est construite en défense face à un désir homosexuel, avec construction d'un délire de persécution. La base du conflit serait: "j'aime un homme" (éprouvé d'un désir homosexuel) transformé en "je le hais" (mécanisme de contre-investissement), et aboutissant à "il me hait" (mécanisme de projection). De ce fait, le sujet paranoïaque n'est "haï" que par les gens auxquels il voudrait ressembler (vis à vis desquels il ressentirait plutôt de l'attirance, un désir d'identification). Il ne choisit l'Objet aimé/haïssant qu'en fonction de critères narcissiques.

 

Les pulsions homosexuelles se sont sublimées en pulsions sociales, permettant au paranoïaque d'accéder à, et de jouir des postes sociaux clefs. Quand rien n'entrave cette sublimation, tout va bien car socialement ce n'est pas culpabilisant. Mais dès qu'intervient une trop forte poussée de pulsion homosexuelle, seul le délire est alors apte à l'évacuer.

Rappelons que les pulsions homosexuelles sublimées en pulsions sociales sont celles qui incitent les jeunes enfants à se retrouver en groupes du même sexe à l'école, et les adolescents en bande du même sexe pour se mesurer à d'autres. Le sujet paranoïaque se focalise sur un être narcissiquement intéressant auquel il prête des sentiments de haine à son égard.

 

(Au tout début d'une construction psychique chez l'Enfant, il y a morcellement du corps: "ma bouche se fait plaisir", "mon ventre se fait plaisir", puis après que l'unité corporelle se soit réalisée naît le narcissisme primaire, Objet d'amour où converge l'intérêt de l'Enfant. Vient ensuite le narcissisme secondaire: "j'aime l'Autre pour qu'il ou elle, ou à condition qu'il ou elle m'aime").

 

Si chez le sujet névrotique l'angoisse est dite "de castration", chez la personne psychotique existe une angoisse de morcellement, celle-là même qui renvoit à un conflit non résolu de sa petite enfance. Le sujet paranoïaque a une relation à l'Autre de type psychotique dans le sens où il ne fait pas de différence entre ce qu'il pense et ce que les autres pensent ou font. De fait, il lui sera extrêmement difficile de prendre du recul, de la distance par rapport à ce qu'il fait ou ce qu'il dit, car cela signifierait se mettre à la place de l'Autre.

 

Dans la paranoïa, la relation d'Objet n'est pas totale. Elle est de type narcissique: l'Autre n'est reconnu que dans la mesure où le sujet lui-même s'y retrouve. Dans l'Autre est projetée la part du Moi qui persécute, par culpabilisation. Le stade du miroir peut servir d'exemple pour expliquer ce qu'est la paranoïa. Du stade anal renaissent des projections d'agressivité et de l'ambivalence. L’Autre est le support de la projection de la partie de lui-même que le sujet paranoïaque expulse.

 

 

 

Les délires paranoïaques

 

 

Il y a trois délires paranoïaques :

  1. Délire de persécution : "je l'aime" ...   ... "il me hait".
  2. Délire de jalousie. Dans un exemple de paranoïa masculine : "ma femme me trompe avec un homme" (si possible haut placé socialement). On voit alors qu'il est question d'une relation sexuelle, avec présence d'une personne de même sexe, en l'occurrence un homme mais c'est la femme (l'Autre) qui en supporte l'interdit!
  3. Délire érotomaniaque : "cette femme m'aime mais on l'empêche de me le dire". Le persécuteur est toujours quelqu'un de même sexe, et donc ici un homme. Il est bien encore question de deux hommes et d'une relation amoureuse, mais la présence dans la construction délirante de cette femme providentielle a escamoté les désirs profonds intolérables. Dans le délire érotomaniaque, il y a une phase d'espoir, une phase de dépit et une phase de rancune.

 

Dans ces trois délires, il y a toujours la présence d'un homme (dans le cas d'une paranoïa masculine) ou d'une femme (dans le cas d'une paranoïa féminine) plus haut placé(e), socialement ou non. Ce sera le "persécuteur", rôle nécessaire à la construction délirante. Les mécanismes de contre investissement et de projection ont maquillé une pulsion sexuelle intolérable en pseudoréalité beaucoup plus acceptable pour le sujet délirant. C'est un délire systématisé, ne laissant aucune prise au doute et se construisant au fur et à mesure que la personne paranoïaque a besoin de se protéger de ses propres pulsions. On notera le travail d'un "refoulement premier", contemporain de la fixation, et qui permet de ne pas voir en l'homme aimé (ou en la femme aimée) un Objet sexuel.

 

 

 

Petit rappel :

  • Dans les névroses, le Moi, arbitre, prend le parti du Surmoi pour combattre les pulsions du ça, en contrôlant ou interdisant tout plaisir. Le névrosé a conscience de sa maladie. Les processus psychiques sont de type secondaire.
  • Dans les psychoses, le Moi prend au contraire le parti du ça pour détruire la réalité du Surmoi. IL la remplacera par une néo-réalité qui est le délire. Ce délire sera bâti sur les exigences du ça. Le psychotique n'a pas conscience de sa maladie. Les processus psychiques sont de type primaire.
  • L'état limite est une notion qui est venue pour caractériser toutes ces pathologies que l'on ne savait pas où placer. Le terme renferme tous les comportements (perversion, caractériels...) qui permettent d'éviter d'assumer une dépression. Le sujet état limite n'accepte pas l'idée d'être atteint dans son intégrité.

 

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