La sexualité à travers le temps
La sexualité s'est modifiée, a évolué et a énormément changé au cours des siècles derniers. Sachant qu'elle a toujours existé, la curiosité nous amène à nous interroger sur la sexualité
d'autrefois. Voici donc un dossier en trois chroniques sur la sexualité de la préhistoire à aujourd'hui. Voyons d'abord l'époque de la préhistoire et de l'antiquité.
La préhistoire
C'est majoritairement dans l'art que les anthropologues tirent leurs conclusions concernant la sexualité dans l'histoire. Au premier tier de l'époque préhistorique, l'érotisme et les scènes
sexuelles y sont quasi inexistantes. Aucune scène d'accouplement humain n'est démontré dans tout l'art de l'époque mais l'activité sexuelle s'exprime quand même sous différentes formes tel le
baiser, le contact oro-génital et la masturbation. Ce n'est qu'au deuxième tier de la préhistoire que certaines scènes de coït sont représentés; la plupart étant de la position de la levrette
(homme derrière la femme). Il semblerait qu'à cette époque, les hommes n'avaient aucune conscience de leur rôle dans la reproduction. Ils savaient que les femmes vierges ne pouvaient avoir
d'enfants mais ils n'avaient aucune idée de l'importance de leurs spermatozoïdes. Les enfants étaient sans doute le résultat d'un esprit divin et le sperme, un nutriment pour le foetus. Depuis la
préhistoire, quelques modifications naturelles se sont effectuées chez la femme. Entre autre, elle a perdu l'état hormonal de réceptivité sexuelle appelé l' « Oestrus » qui est commun à tous les
mammifères. En effet, lors de cette période ovulatoire, l'homme restait à la « maison » pour s'occuper de sa femme et ainsi, lors de ses règles, il en profitait pour aller chasser. Il semblerait
même que la femme avait un certain contrôle des naissances puisqu'il lui arrivait de faire croire à son homme qu'elle avait ses règles au moment où elle sentait sa période d'Oestrus. De cette
façon, elle s'assurait de ne pas avoir trop de bouches à nourrir.
L'antiquité
Il semblerait qu'à l'antiquité plusieurs interdits étaient observés concernant la sexualité. La société gréco-romaine était très répressive et à Rome, il était interdit de faire l'amour
pendant la journée ou sous un éclairage quelquonque avec une femme entièrement nue. Par contre, le recours à la prostitution était fréquent. Dans tous les milieux, il existait des maisons closes
pour les prostitués et puisque les rois pouvaient les accueillir dans leur demeure, c'étaient les esclaves qui se présentaient dans ce genre d'établissement. À Rome, la prostitution était devenue
un métier en soi. Les prostitués devaient se vêtir de manière reconnaissable (perruque blonde par exemple) et déclarer leur salaire. L'homosexualité, très bien vue à l'époque, était aussi présente.
La passion entourant cette relation faisait l'envie de plusieurs et il n'était pas rare de voir un homme d'âge mûr avec un jeune pubère. Cependant, dans ce genre de relaton, il fallait absolument
que ce dernier soit considéré comme l'objet sexuel et que l'homme plus âgé soit le seul à ressentir du plaisir. Le couple hétérosexuel est tout de même une référence dans l'Antiquité. En Grèce, il
existe un grand écart d'âge entre la jeune mariée et son époux. Le philosophe Aristote conseillait vingt ans de différence entre les deux partenaires, ce qui faisait en sorte que les jeunes filles
se mariaient très tôt soit vers dix ou douze ans. Malheureusement, ces jeunes filles devenaient enceinte à très bas âge et leur souffrance durant l'accouchement entraînait souvent la mort de
celle-ci. Dans la Rome antique, toute sexualité entre un homme et une femme non mariés est interdite. Par contre, tout est permis avec un esclave ou une prostituée. Dans l'antiquité, on ne parle
pas de contraception mais il semblerait qu'après la relation sexuelle, la femme se levait très vite et allait se laver. Elles pouvaient aussi s'insérer une sorte d'anneau dans les organes génitaux
et il arrivait qu'elles absorbent des potions pouvant servir à empêcher la grossesse.
À l'époque du Moyen-Âge
C'est à cette époque que le christianisme fait son apparition. Dans la première partie du Moyen-Âge, les
prêtres avaient le droit de se marier et personne n'était brimé dans sa sexualité. C'est à partir de la deuxième partie que la religion avait désormais le dernier mot sur l'amour conjugal et
progressivement, le clivage entre les prêtres et le reste de la société se mettait en place. L'Église interdit au clergé d'avoir des relations sexuelles et par conséquent, les prêtes ont alors
imposé leurs restrictions. Le peuple se devait d'avoir des relations sexuelles que pour une seule et unique raison : procréer. L'homosexualité était donc considéré comme une maladie et une
perversion. Les prêtres, quant à eux, étaient considérés comme supérieurs et ayant fait leurs voux de chasteté, ils avaient pour seul mandat de répandre la religion dans la société.
Plusieurs interdictions étaient imposées aux couples mariés. Entre autre, l'Église demandait aux hommes et
aux femmes de ne pas avoir de relations sexuelles le dimanche, le mercredi et le vendredi, pendant la période du carême de Pâques (40 jours avant la fête sainte), de Noël,de la Pantecôte et
pendant les jours de fête des Saints. Il fallait aussi éviter tout contact sexuel pendant les règles de la femme, durant sa grossesse et pendant l'allaitement pour éviter de corrompre le lait et
de contaminer le bébé. De plus, l'homme ne devait démontrer aucune passion envers sa femme car au Moyen-Âge « rien n'est plus infâme que d'aimer une épouse comme une maîtresse ». On
disait que l'amour n'avait pas sa place dans le mariage puisque cette relation formelle n'était destinée que pour la procréation. L'adultère était interdit par le clergé, surtout si cet acte
était commis avec une femme juive ou païenne. Si un bébé naissait de cette union, l'homme se devait d'abandonner complètement la femme ainsi que l'enfant.
À l'époque du Moyen-Âge, l'interdiction d'avoir des relations sexuelles dans un autre but que de procréer
entraînait aussi une lourde condamnation à l'homme qui utilisait une partie du corps de sa femme pour autre chose que sa fonction principale. Ainsi, la pénétration anale et la fellation étaient
entièrement proscrites. La masturbation était également condamnée puisqu'elle faisait signe de plaisir et non de procréation. Lors de la relation sexuelle, la femme n'avait pas le droit d'être
sur l'homme et la position de la levrette (homme derrière la femme) n'était pas accepté par l'Église. Si le couple décidait de ne pas se plier aux exigences de celle-ci, il risquait d'avoir des
enfants infirmes, lépreux et monstrueux !
Les temps modernes
L'époque moderne est la période historique débutant en 1492 avec la chute de l'empire romain et se terminant
en 1792 avec la révolution française. À cette époque, le mariage était toujours aussi important et la seule raison valable de divorce s'avérait être l'impuissance du mari. En effet, afin de
pouvoir garder sa femme, le conjoint devait prouver publiquement qu'il était en mesure d'accomplir son « devoir conjugal ». Devant témoins, il se devait d'avoir une érection ainsi
qu'une éjaculation et, si jamais le doute persistait toujours, il était dans l'obligation d'accomplir intégralement l'acte sexuelle. Cette procédure fût abolie en 1677 à la grande satisfaction du
peuple qui criait au scandale.
Tout comme au Moyen-Âge, l'époque moderne misait sur la procréation plutôt que sur le plaisir. « La
procréation des enfants est la première et la principale fin du mariage » disait le catholique François de Sales en 1608. De plus, étant donné que la chasteté et la pudeur étaient
préconisés, tout baigneur devait garder sa chemise car la nudité était interdite. C'est alors que des feuilles de vignes étaient placées sur les modèles nus de la Renaissance et que la
prostitution devenait défendue. Dans de nombreuses villes les bordels se fermaient graduellement et c'est à partir de 1635 que les prostituées subissaient la flagellation et le
banissement.
À cette époque, la vision du couple change légèrement. L'âge de se marier est retardé à 25 ans et les
amoureux qui s'adonnaient à des jeux sexuels avant leur mariage risquaient l'excommunion. Le mariage tardif a aussi entraîné un certain choc démographique et on remarquait une diminution du taux
de natalité. Même si l'Église l'interdisait, les couples utilisaient le coït interrompu comme moyen de contraception afin de garder un certain plaisir charnel tout en contrôlant le nombre de
bouches à nourrir.
À venir, la conclusion du dossier de la sexualité à travers le temps ! La fins des tabous à l'Époque
Contemporaine et l'émergence de l'éducation sexuelle dans la sexualité d'aujourd'hui !
L'Époque contemporaine
À cette époque, on s'approche tranquillement de la fin des tabous. Le baiser sur la bouche est maintenant
toléré et témoigne même de la solidité du couple. Certains documents commencent à témoigner du plaisir de la chair et de la sexualité. Par contre, la masturbation (onanisme) demeure un geste
proscrit car on croyait qu'elle entraînait une multitude de conséquences physiques. E n 1760, Tissot publie Onanisme ou dissertation physique sur les maladies produites par la
masturbation où il décrit que la femme pourrait avoir des vapeurs hystériques affreuses, des crampes menstruelles insupportables et une jaunisse incurable. Les hommes ne s'en sortaient
pas non plus, ils risquaient de devenir stupides et de perdre toutes leurs forces. L'Église encourage donc le peuple, surtout les jeunes célibataires, à se confesser s'être
masturbés.
À l'Époque contemporaine, il existe toujours quelques bordels mais malheureusement la syphilis fait son
apparition et elle crée une véritable hantise au sein de la population. Afin de limiter la propagation, les États européens imposent un examen médical à toutes les prostituées mais cette nouvelle
loi est plutôt mal gérée et la syphilis continue de faire des ravages.
En 1855 le Docteur Roubaud rédige le Traité de l'impuissance et de la stérilité chez l'homme et chez la
femme et mentionne que l'acte sexuel ne peut être complet s'il n'y a pas eu orgasme. Pour la première fois, on assiste à la description de l'orgasme dans les moindres détails. Puis, en 1882,
le pionnier de l'étude de la sexologie, Richard von Krafft-Ebing, publie Psychopathia Sexualis . Ce document sur les perversions sexuelles est un ouvrage de référence pour tous les
médecins légistes de l'époque. Pour Krafft-Ebing, l'homosexualité est en fait une anomalie lors du développement du cerveau chez le fotus. De plus, il croit que les femmes sont essentiellement
passives et le viol, quoi que répréhensible, n'est pas une déviance puisqu'il peut provoquer une grossesse.
La sexualité d'aujourd'hui
Après la deuxième guerre mondiale, la sexologie mérite une place de choix dans les études de sciences
humaines. Cette reconnaissance est dû au sexologue reconnu Alfred Kinsey qui a publié en 1948 Le comportement sexuel de l'homme. Il fait alors la description exhaustive d'une sexualité
alors insoupçonnée : les relations avant le mariage, l'adultère, la masturbation, l'homosexualité et la bisexualité. Il a d'ailleurs établie une échelle qui a permis de constater que
l'homosexualité et l'hétérosexualité ne sont pas deux orientations sexuelles exclusives mais plutôt les pôles d'un même contimuum de l'orientation (de 0 - Exclusivement hétérosxuel(le) à 6 -
Exclusivement homosexuel(le) ). En 1957, Masters et Johnson font équipe dans la plus grande analyse de la réponse sexuelle. En interrogeant des miliers de personnes sur leur sexualité, ils
découvrent un point commun: les quatre phases constituant le cycle sexuel (Phase d'excitation - Phase en plateau - Orgasme - Résolution).
À la fin des années 1960 et au début des années 1970, on assiste à une révolution sexuelle qui se traduit par
des changements importants au niveau des mours sexuelles en Occident. L'égalité des sexes fait partie des fondements principaux du mouvement. Les progrès de la science entraînent des découvertes
étonnantes concernant la contraception et les traitements des infections transmises sexuellement. En 1941, on découvre un antibiotique contre la syphilis et au début des années 50, la pillule
contraceptive fait son entrée dans la vie des femmes qui veulent avoir le plein contrôle de leur sexualité. Ces dernières acquièrent donc des droits fondamentaux tels que le droit de vote,
l'égalité au sein du couple, le droit à la contraception et le droit à l'avortement.
Au Québec, en mars 1971, la création du Front de Libération Homosexuel voit le jour. C'est le premier
regroupement gai du Canada mais dû à une trop grande répression policière, le FLH ne dure qu'une année. Ce n'est qu'en 1977 que le ministre de la justice Marc-André Bédard présente un amendement
avant-gardiste à la Chartes des droits et libertés. Il interdit alors toute forme de discrimination concernant l'orientation sexuelle.
En 1981, les premiers cas de SIDA sont découverts à Los Angeles, San Francisco et New York. Depuis, cette
maladie s'est transformé en pandémie et de 1981 à 2006, 25 millions décès ont été constatés.
En 1998, le Viagra est commercialisé et permet aux hommes souffrant de dysfonctions érectiles de connaître
une vie sexuelle satisfaisante.
De nos jours, la sexualité est complexe. Malgré tous les efforts des siècles passés, on recherche la
« normalité », de peur d'être jugés ou mis à l'écart. Combien de fois par semaine dois-je faire l'amour ? Combien de partenaires dois-je avoir pour ne pas me faire pointer du doigt ?
Dois-je être vaginale ou clitoridienne ? Combien de temps doit durer une relation sexuelle ? . La normalité est propre à chacun. Aujourd'hui nous avons les outils nécessaires pour avoir une
sexualité épanouie et une bonne santé sexuelle, voilà une des joies de pouvoir la vivre au 21 ème siècle...
source : V. Larivière sexologue