Le transfert

Publié le par Aurore A.

Le transfert est un phénomène découvert par Sigmund Freud au cours de son travail sur l'hystérie avec Joseph Breuer. Il en a fait l'un des piliers de la discipline qu'il a fondée alors, la psychanalyse.

 

Il s'agit, dans la cure psychanalytique, de la projection, par l'analysant, de contenus de l'inconscient sur la personne du psychanalyste qui lui apparaît alors dotée de qualités bien différentes de sa réalité. C'est par l'analyse de ces projections que le processus analytique va aboutir, au fil du temps, à une prise de conscience progressive des problématiques auxquelles l'analysant est confronté. Francis Pasche définit ainsi le transfert au sens large (1975) : « La reviviscence de désirs, d'affects, de sentiments éprouvés envers les parents dans la prime enfance, et adressés cette fois à un nouvel objet, et non justifiés par l'être et le comportement de celui-ci »

 

Le transfert est d'abord et avant tout un phénomène humain qui s'éprouve à des degrés variables dans toutes relations. C'est évidemment dans la relation médecin malade qu'il s'éprouve de la manière la plus patente et cela n'avait échappé à personne, y compris avant Freud. En introduisant cette notion de transfert, les physiologistes E.H. Weber (1834) puis R. Kleinpaul (1884) avaient ont mis en évidence l'importance de la notion de représentation dans l'effort d'apprentissage. Là où l'oeuvre de Freud se démarque des visions, soit expérimentales soit impressionnistes qui prédominaient, c'est lorsqu'à partir de ses expériences cliniques, il songe à le théoriser puis à en faire « le moteur de la cure ». Il ne s'agit plus de constater le phénomène du transfert, de le dénoncer, de le déplorer ou de le favoriser en le manipulant, mais de l'analyser.

 

Cette réalité du transfert, Freud l’a découverte très tôt, et tout d’abord comme un obstacle au travail de l’analyse, avant de s’apercevoir qu’en fait il était aussi, de façon paradoxale, à proprement parler la cheville ouvrière de l’analyse. C’est ce paradoxe qui fait la difficulté de l’approche de ce concept. Dans les Études sur l’hystérie, donc le premier ouvrage de Freud écrit avec en collaboration avec Breuer, on voit apparaître ce transfert pour la première fois , sous la forme d’une résistance à l’analyse : « Il me reste enfin à traiter un sujet auquel incombe, dans la réalisation de cette analyse cathartique, un rôle important et gênant. » Oui c’est un facteur « gênant ». Et voici comment il le présente : « J’ai déjà fait allusion au rôle considérable que joue la personne du médecin dans la création des motifs servant à surmonter le puissance psychique des résistances. » Freud appelle résistance tout ce qui fait obstacle à la reconnaissance du désir inconscient et aux souvenirs d’enfance qui ont conditionné l’inscription de ce désir dans son lien au désir des parents. « Dans bien des cas, poursuit-il, et principalement chez les femmes, et lorsqu’il s’agit d’expliquer des associations de pensées érotiques, la collaboration des patients devient un sacrifice personnel qu’il faut compenser par quelques succédanés d’amour. Les efforts du médecin, son attitude de bienveillante patience doivent constituer des succédanés suffisants. » Dans cette formulation de Freud ne trouvons nous pas déjà entre l’amour de transfert et ce « succédané d’amour » que l’analyste devrait être en mesure de donner à son analysant, est- ce que nous ne trouvons pas là les prémisses de ce que Lacan appellera plus tard « le désir du psychanalyste » ainsi d’ailleurs que la définition qu’il a donné du transfert comme étant « la mise en acte de la réalité de l’inconscient » dans son lien au désir du psychanalyste ? Étant bien sûr posé, et fermement, que cette réalité est sexuelle. Il est à remarquer que c'est seulement à partir de cette définition du transfert comme mise en acte de la réalité de l'inconscient que ce concept d'abord découvert comme obstacle devient la cheville ouvrière du procès analytique, garant de son efficacité. Freud reprendra quelques années plus tard cette question sous le titre « Observations sur l'amour de transfert » mais sous ce titre, il met en garde, et non sans raison, les analystes des dangers qu'il y aurait à céder aux amours... de contre-transfert.

 

Dans son texte « observations sur l’amour de transfert », écrit en 1915, Freud décrit les mésaventures qui peuvent arriver à un jeune analyste inexpérimenté lorsqu’il se trouve aux prises avec les flambées de l’amour de transfert, amour qui est provoqué par la situation analytique elle-même. Il indique donc comment s’y prendre avec cet événement inévitable mais pourtant difficile à gérer. « Parmi toutes les situations qui se présentent, je n’en citerais qu’une particulièrement bien circonscrite, tant à cause de sa fréquence et de son importance réelle que par l’intérêt théorique qu’elle offre. Je veux parler du cas où une patiente, soit par de transparentes allusions, soit ouvertement fait comprendre au médecin que, comme toute n’importe simple mortelle, elle s’est éprise de son analyste. Cette situation comporte des côtés pénibles et comiques et des côtés sérieux… elle est si complexe, si inévitable, si difficile à liquider que son étude est depuis longtemps devenue une nécessité vitale pour la technique psychanalytique. »

 

Dès ces premières phrases nous pénétrons donc au cœur de l’expérience analytique avec ce terme décisif « maniement du transfert ». Ce maniement du transfert, qui serait donc la part de l’analyste dans le travail que poursuit l’analysant, ne peut être précisé sans avoir cerné au plus près, ce concept essentiel de la théorie analytique, puisqu’il en est sa condition, celui du transfert.

 

Avec cette découverte clinique de ce qu’est l’amour de transfert, la technique analytique, celle qui est censée nous permettre d’accéder à cette compétence de l’analyste, à ce dit « maniement du transfert », terme qui évoque le tour de main de l’artisan, un savoir faire, cette technique donc se trouve ainsi mise sous la dépendance, sous la tutelle même de la théorie puisque c’est à elle que revient la charge de préciser ce qu’est le transfert.

 

Ce transfert, quelle définition conceptuelle pouvons-nous en proposer?

 

Peut-être convient-il de poser d’emblée sa polyvalence dans le texte même de Freud :

 

   1. il est d’abord transport amoureux de l’analysant pour l’analyste, c’est l’amour de transfert, dans son usage le plus courant.

   2. Il est aussi, dans la métapsychologie freudienne, celle qui concerne les mécanismes de formation des symptômes, le mécanisme même de cette formation : Il y a « transfert », par déplacement, de l’affect d’une représentation refoulée sur une représentation substitutive - (Les psychonévroses de défense in Névrose, psychose et perversion, PUF.

   3. Mais c’est aussi, et c’est le sens premier que Freud lui donne dans l’Interprétation des rêves, la « transcription d’une langue dans une autre ».Quand cette transcription se fait dans le sens du contenu latent du rêve à son contenu manifeste, le transfert rend compte de la fabrication d’un rêve. Dans l’autre sens, du contenu manifeste à son contenu latent, ce même transfert, toujours pris dans le sens de traduction d’une langue dans une autre, livre le secret de ce qu’est « l’interprétation » du rêve.

 

Ce que Freud appelle « maniement du transfert », c’est donc, pour l’analyste, l’art de manier ces trois sens du mot, ce transfert d’amour pour l’analyste, ce transfert des affects qui provoquent les manifestations des symptômes pour arriver enfin à cette traduction d’une langue dans une autre qui consiste à retrouver la langue du désir inconscient. Manier le transfert, pour l’analyste, c’est donc savoir interpréter les rêves, les symptômes mais aussi les actes de ses analysants malgré et grâce à cet amour de l’analysant éprouvé pour L’analyste. A noter, que sous ces amours de transferts ainsi mises en avant, se cachent ces vigoureuses haines de transfert, non moins encombrantes pour le travail analytique. De ces haines solides, nous avons quelques beaux exemples dans l'histoire du mouvement analytique.

 

En transposant la notion de transfert dans la cure psychanalytique, Freud cherche d'abord dans les Études sur l'hystérie à comprendre ce qui résiste chez les patients dans la cure analytique, c’est-à-dire ce qui empêche le patient d'atteindre le but qu'il s'était fixé en venant consulter.

 

Freud rappelle d'abord que le transfert qu'il décèle dans la cure psychanalytique n'est qu'une exacerbation de phénomènes que l'on rencontre souvent dans la vie courante : « La faculté de concentrer l'énergie libidineuse sur des personnes doit être reconnue à tout homme normal. La tendance au transfert que nous avons rencontré dans les névroses (…) ne constitue qu'une exagération extraordinaire de cette faculté générale. ». Mais dans le dispositif établi entre le psychanalyste et le patient, cette capacité générale au transfert prend un tour particulier : elle tend à se focaliser sur la personne du psychanalyste. Ceci s'explique notamment par l'attente de guérison qui a motivé la cure. Le patient plaçant ses espoirs dans le psychanalyste se trouve placé comme en position infantile à l'égard de celui-ci. Cette analogie avec la situation première du sujet, quand celui-ci dépendait de l'amour de ses parents pour survivre va déclencher une série d'associations, de résistances tout en constituant un moteur qui va faciliter le dénouement des symptômes.

 

source Wikipédia

Publié dans concepts et théorie

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