le choix du divan

Publié le par Aurore A.

On me pose souvent cette question « pourquoi aller chambouler le passé ? ». Il est certain qu’une analyse demande mûre réflexion avant d’être entamé, je pense qu’il faut être prêt à s’engager dans cette introspection, cette plongée dans les tréfonds du psychisme qui m’apparaît comme une longue route sinueuse. J’y suis entrée par conviction, curiosité et nécessité de part ma formation. Je me rappelle avoir dit à un collègue « ce sera rapide, je pense avoir une bonne connaissance de moi-même », aujourd’hui cette remarque me parait stupide et inappropriée mais elle a été dite, lors de ma première année.


Quelques mois et castrations plus tard, je ne tiens plus le même discours. Avant, fervente supportrice de l’analyse pure et dure (sans avoir connu le divan que les livres et les cours), lorsque l’on me demandait « tu penses que je devrais en faire une ? », je m’exclamais « ouuui » avec presque une jouissance apparente, forte des découvertes et bénéfices tirés de mes premiers mois d’analyse. Légère comme une plume et joyeuse comme un pinson je me trouvais allégée de tous mes secrets, non dits et autres problèmes qui embarrassaient ma conscience et mon moi. J’avais gagné en prime, une personne, mon analyste, qui ne correspond à rien d’autre en ce monde : une personne totalement neutre, extérieure à ma famille, amis et connaissances. Une personne a qui je pouvais tout dire, sans retenu, qui ne me jugerait pas (exceptionnel !), une relation bienfaisante et protectrice dans un lieu hors du temps. Je me rappelle que, lorsque je quittais mon analyste à la fin de la séance, je me retrouver en plein cœur de la ville, au milieu d’une foule palpitante, et que moi, je me sentais complètement déconnectée, j’avais l’impression de survoler la place, un sourire béat sur les lèvres : expérience unique en ce monde. Je pouvais être moi moi moi. Du moins le moi névrosé mais le moi quand même.


Aujourd’hui, cette époque ressemble à un paradis perdu, (encore celui là). Quand on connaît la psychanalyse, on sait que la cure analytique est dure et difficile. Mais pour ma part, n’ayant rien de traumatisant ou d’extraordinairement triste dans ma vie, je ne pensais pas ressentir une telle souffrance.


Ne plus savoir qui on est et remettre en question toute sa vie, ses choix n’est pas chose facile, et je n’ai que 30 ans. Se rendre compte des « ressorts » qui vous ont poussé dans telles ou telles voies ; prendre conscience du rôle jouer avec maman, les amis, au boulot et avoir l’impression d’avoir toujours menti, sentir à quel point la norme sociale vous a obligé et cantonné dans des choix qui n’aurait pas été les votres sans ce surmoi, etc. Et puis la perte d’équilibre, la panique, le manque d’air. Le chamboulement est violent, l’impression d’être une coquille vide est troublante, la sensation d’avoir été privé de son essence même : mon moi, névrosé oui, mais c’est bien moi, ce moi… qui n’est plus là.


Lorsque l’on me demande aujourd’hui « tu penses que je devrais en faire une ? », je dis que c’est une aventure formidable, de se connaître soi même, réellement, que je trouve dommage étant donné que nous ne disposons que d’une seule vie, de passer à côté de la découverte de soi même, emprunter des chemins qui ne nous correspondent pas et se dire à 80 ans « je regrette … mais il est trop tard ». D’autant plus lorsque la névrose est source de souffrance, handicapante socialement, angoissante et fout en l’air une vie, une famille.


Mais je dis aussi, que la démarche doit être vraiment réfléchie, qu’il faut en ressentir le besoin psychique ou intellectuel. Que la vie peut en être chamboulé, que la place qui est la nôtre aujourd’hui, ne nous correspondra peut être plus demain dans certains aspects, que cette prise « de conscience » dû à cet inconscient devenu conscient, peut modifier beaucoup de chose. On se trouve ENFIN bien dans pompes, mais dans un boulot qui ne plait plus, au côté d’un amour qui n’a plus de sens, ou non, mais le risque existe cela dépend à mon avis de l’écart qui s’est creusé depuis l’enfance entre sa route et sa vraie route. On ne peut pas prendre la décision à la légère. Sachant que nous gardons notre libre arbitre, notre capacité à choisir de garder telle ou telle chose.

Publié dans le divan

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