L'amour et le concept évolutionniste

Publié le par Aurore A.

Le comportement sexuel humain est le fruit d'une longue évolution, il a pour but (principal et non unique) de procréer c'est-à-dire de répandre les gènes des 2 partenaires ; de plus non seulement les comportements ont été favorisés par l'évolution mais c'est aussi le cas de caractéristiques anatomiques. Selon le zoologiste Desmond Morris, « les lèvres, les lobes d'oreilles, les mamelons, les seins et les organes génitaux sont richement pourvus en terminaisons nerveuses et sont devenus hautement sensibilisés à la stimulation érotique d'ordre tactile » Le singe nu, p.75 . Le corps humain a donc évolué de façon à favoriser l'accouplement et, partant, la survie de l'espèce.

Morris prétend même que les seins et les lèvres seraient des copies des fesses et des lèvres vaginales. Ce qui fait que l'homme serait, selon cette audacieuse théorie, « doublement » attiré par la femme ! L'homme pourrait donc avoir contribué à la sélection qui s'opéra au niveau de l'anatomie féminine ! Les seins des mammifères non humains ne sont pas aussi proéminents que chez la femme, ne grossissant qu'en période d'allaitement. Il n'est pas impossible, conséquence aussi du début de la bipédie et de l'accouplement face à face, que les seins aient commencé à se développer dans le but d'attirer le mâle. Ceci montre la grande importance qu'a le sexe dans notre espèce. De plus, nos plus proche parents, les bonobos ont un comportement sexuel inhabituel, le sexe a pour eux une grande importance sociale, lors de tensions entre 2 individus ceux-ci se calment en se gratifiant de frottements génitaux voir même en "faisant l'amour" entre 2 individus de sexe différend. Ce qui montre que la différenciation entre le sexe et l'accouplement n'est pas l'apanage de l'espèce humaine.


Il est universellement connu que l'homme est (en général) plus libidineux que la femme, et ceci dans n'importe quelle culture. C'est l'universalité de cette différence de comportement qui nous pousse à chercher une explication évolutionniste. Chaque individu cherche à valoriser au maximum son patrimoine génétique, les hommes peuvent se reproduire des centaines de fois par an, en revanche les femmes ne peuvent procréer qu'une fois dans l'année et cela pendant une trentaine d'année (de la puberté à la ménopause). Ainsi s'explique l'asymétrie qui existe entre hommes et femmes. Alors qu'elle aurait de bonnes raisons (darwiniennes) de s'unir à plus d'un seul homme (imaginons que le premier soit stérile), il arrive  un moment où, pour la femme, continuer de faire l'amour ne s'impose plus. Pour un homme, à moins qu'il ne soit au bord de l'épuisement, cela n'arrive jamais. Chaque nouvelle partenaire offre une sérieuse chance de placer « quelques gènes supplémentaires » dans la génération suivante. Comme l'ont bien résumé les psychologues évolutionnistes Martin Daly et Margo Wilson : « Un homme peut toujours mieux faire. »
Il existe pourtant un domaine où la femme peut mieux faire, c'est celui de la qualité. Donner naissance à un enfant suppose un énorme investissement en temps, sans parler de l'énergie que cela demande. Or, la femme ne peut enfanter qu'un nombre de fois limité. C'est pourquoi, de son point de vue (génétique), chaque enfant représente une machine à fabriquer des gènes d'une incommensurable valeur. L'aptitude de l'enfant à survivre, puis à produire, sa propre petite machine génétique, est d'une immense portée. Il devient donc « darwiniennement » capital pour une femme de savoir choisir l'homme qui l'aidera à construire chaque machine génétique. Elle devra jauger soigneusement le prétendant avant de lui accorder sa confiance et se demander d'abord ce qu'il apportera dans la corbeille. Ici il convient d'insister sur deux points. D'abord, la femme n'a pas eu véritablement à se poser de questions, celles-ci ne lui sont jamais venues à l'esprit.

En effet, l'essentiel de l'histoire de notre espèce s'est produit avant que nos ancêtres aient eu assez d'intelligence pour s'interroger sur quoi que ce soit. Même dans un passé plus proche, postérieur à l'apparition du langage et de la conscience de soi, le comportement n'avait aucune raison de tomber sous le contrôle de la conscience. En effet, il peut ne pas être dans notre intérêt génétique d'agir consciemment.


En ce qui concerne l'attirance sexuelle, en tout cas, l'expérience quotidienne montre bien que la sélection naturelle exerce largement son influence par le truchement de ces clefs émotionnelles qui connectent ou déconnectent nos sentiments, comme la première attirance, la passion dévorante ou le coup de foudre. Une femme n'examine pas un homme en se disant : « Ce type-là va probablement revaloriser mon patrimoine génétique. » Elle l'observe et se sent simplement attirée par lui - ou pas. De telles « observations » sont faites - inconsciemment, métaphoriquement sous la pression de la sélection naturelle, car seuls les gènes capables de contribuer à l'amélioration du patrimoine génétique ancestral ont pu éclore, et non les autres. Deuxièmement, il faut noter que la sélection naturelle n'a pas été très "prévoyante", elle ne pouvait prévoir que notre environnement se modifierait aussi radicalement, qu'un jour les humains utiliseraient les contraceptifs, ou que des films X viendraient assouvir, par le regard, la quête masculine du plaisir. Je pense que la majorité de nos névroses et de nos dérèglements comportementaux viendraient de l'écart énorme qui existe entre notre environnement actuel et l'environnement pour lequel notre cerveau est adapté, malgré sa grande plasticité.
Il ne faut pas oublier non plus que l'être humain a un IPM élevé. Dans une espèce où l'investissement parental mâle est faible, la dynamique de base de la parade amoureuse est, assez simple : le mâle a vraiment envie de copuler et la femelle pas vraiment. Il est possible qu'elle veuille (inconsciemment) avoir le temps d'évaluer la qualité des gènes du mâle, soit en sondant ses intentions, soit en l'amenant à se battre contre d'autres mâles. Elle peut aussi chercher à savoir s'il n'est pas porteur d'une maladie. Ou essayer de lui soutirer un cadeau pré copulatoire, en tirant avantage du fait que ses oeufs sont très recherchés. Ce « don nuptial » - qui, techniquement, peut constituer un petit investissement parental mâle, dans la mesure où il va nourrir et la femelle et ses oeufs - se rencontre chez une grande variété d'espèces, depuis les primates jusqu'à certains diptères. (Il est, chez les diptères, des femelles qui tiennent à se voir offrir un insecte mort qu'elles pourront dévorer pendant le coït. Si elles terminent leur repas avant que le mâle ait fini d'œuvrer, elles sont capables de s'envoler à la recherche d'un autre met et d'abandonner leur partenaire... Si elles sont moins rapides, le mâle récupère les restes du festin pour un autre rendez-vous galant). Intégrons maintenant l'IPM élevé dans l'équation : c'est-à-dire un investissement du mâle qui ne se limite pas au coït, mais qui dure bien au-delà de la naissance du rejeton. Et voilà que la femelle s'inquiète soudain, non seulement de l'investissement génétique du mâle, du repas gratuit, mais aussi de ce que ce mâle va bien pouvoir apporter au petit après la naissance. En 1989, le psychologue évolutionniste David Buss publia une étude complètement novatrice sur les préférences sexuelles dans trente-sept cultures du monde. Il découvrit que, dans chacune de ces cultures, les femelles accordaient plus d'importance que les mâles aux perspectives financières qu'apportait une éventuelle union. Cela ne signifie pas que les femmes préfèrent délibérément les hommes riches. La plupart des sociétés primitives ne connaissaient guère l'accumulation des richesses et la propriété privée. Que cela soit, ou non, le reflet de l'environnement ancestral, est très controversé ayant été, au cours des derniers millénaires, délogées de leurs riches territoires et poussées vers des terres moins fertiles, ces sociétés ne sont pas forcément très représentatives de celles de nos ancêtres. Mais, si les hommes de l'environnement ancestral avaient tous à peu près la même quantité de biens (c'est-à-dire peu), les femmes pouvaient être naturellement attirées, non tant par la richesse d'un homme que par sa position sociale; dans les sociétés économiquement fondées sur la chasse et sur la cueillette, le statut social se traduit souvent par le pouvoir, par une influence dominante sur la répartition des produits de la chasse, par exemple. Dans les sociétés modernes, richesses, statut social et pouvoir vont souvent de pair et semblent former un lot particulièrement intéressant aux yeux de la population féminine moyenne. De plus une femelle appartenant a une espèce à IPM élevé risque de rechercher des signes de générosité, de fidélité et, surtout, la garantie d'un engagement durable. Tout le monde sait que les fleurs, et autres gages d'affection du même ordre, sont plus prisées par les femmes que par les hommes.
Mais pourquoi les femmes éprouveraient-elles tant le besoin de se méfier des hommes? Après tout, les mâles des espèces à IPM élevé n'ont-ils pas été conçus pour se ranger, acheter une maison et tondre la pelouse tous les dimanches? Même si l'investissement à long terme est son but principal, séduction et abandon sont porteurs de sens génétique, dans la mesure où ce type de comportement ne pénalise pas trop, ni en temps, ni en ressources, la progéniture dans laquelle le mâle investit. Ainsi, en théorie, les mâles des espèces à IPM élevé devraient se montrer toujours ouverts à toute opportunité sexuelle.


Le résultat de ces objectifs conflictuels - aversion de la femelle pour l'abus de pouvoir et facilité du mâle à abuser de son pouvoir -, c'est une course évolutionniste à l'armement. La sélection naturelle peut favoriser les mâles habiles à tromper les femelles sur leur engagement futur et, dans le même temps, soutenir les femelles aptes à déceler les tromperies; et plus un camp se perfectionne, plus l'autre camp s'améliore. C'est le cercle vicieux de la trahison et de la méfiance - même si, chez certaines espèces suffisamment avisées, cela prend la forme de doux baisers, de murmures affectueux et de tentatives de séduction subtilement déguisées.
Certes, une étude a démontré que les mâles sont sensiblement plus portés que les femelles à se décrire comme plus gentils, plus sincères et plus fiables qu'ils ne le sont en réalité. Mais ce style de publicité mensongère ne rend compte que d'un aspect de l'affaire, l'autre étant plus difficile à cerner. Comme le note Travers, non pas en 1972, mais quatre ans plus tard: l'une des meilleures façons de tromper quelqu'un, c'est de croire vraiment en son propre mensonge. Ce qui veut dire dans ce contexte : être aveuglé par l'amour, se sentir terriblement amoureux d'une femme qui, après quelques mois de rapports sexuels, risque de devenir beaucoup moins attirante. Telle est la grande sortie de secours morale des hommes, qui pratiquent cette forme de séduction élaborée et qui, pris de panique un beau matin, finissent par décamper. « Je l'aimais à l'époque », se souviendront-ils, émus, si on leur pose la question avec insistance (l'animal moral).



Omar Bennani (doctorant psycho biologie )


Publié dans l'Amour

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